Dans les bras du Vivant
J'ai longtemps cherché des bras où me déposer.
Des bras assez vastes pour accueillir ma fatigue, assez solides pour porter mes peurs, assez doux pour recueillir mes larmes.
Et ne trouvant pas ces bras, j'ai appris à me tenir seule.
J'ai porté. J'ai résisté. J'ai avancé.
Puis un jour, épuisée de vouloir tout porter, je me suis assise au bord d’une rivière, au bord de moi-même.
Le vent passait dans les arbres.
Le ciel demeurait vaste.
La terre me recevait sans condition.
Je n'avais rien à faire.
Le vent ne me demandait rien.
Les oiseaux ne me demandaient rien.
Les arbres ne me demandaient rien.
La lumière du soleil touchait mon visage sans exiger que je la mérite.
Alors, pour un instant, j'ai cessé de lutter.
J'ai cessé de demander à la vie de me garantir le chemin.
J'ai cessé de vouloir retenir la rivière.
Et j'ai senti sa force tranquille, celle qui contourne les rochers, celle qui ne lutte pas et pourtant rejoint la mer.
Et j'ai vu que le ciel entier était ouvert au-dessus de moi. Immense, silencieux, hospitalier.
La nature semblait connaître ce secret simple : tout participe au même souffle.
Alors j'ai regardé autour de moi.
Et dans ce grand silence, j'ai senti les bras du Vivant.
Ils étaient dans la chaleur du sol.
Dans le parfum des herbes sauvages.
Dans le chant des insectes.
Dans le mouvement des nuages.
Dans la respiration lente du monde.
Ils étaient la terre sous mon corps, le souffle dans ma poitrine, la lumière sur mon visage, le battement patient de la vie en moi.
Ils étaient partout.
Ils avaient toujours été là.
Alors, pour la première fois, je n'ai plus essayé de tenir.
Je me suis laissée porter.
Et la terre m'a portée.
Et le ciel m'a portée.
Et le souffle du monde m'a portée.
Et j'ai compris que depuis toujours, à chacun de mes pas, dans mes joies comme dans mes détresses, je marchais déjà dans les bras du Vivant.
J’ai compris que tout être reçoit autant qu'il donne, et que rien n'existe séparément du grand mouvement qui le porte silencieusement.
